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25 novembre 2019

La repentance

repentanceLa repentance

Mc 1,14-15


podcast

 

      Avant de lire le texte biblique, je vais vous poser une question : Dans les Évangiles, quelle est la première exhortation que Jean-Baptiste et Jésus adressent aux personnes venues les écouter ?

   Repentez-vous ! (  Mt 3,2 ; Mt 4,17 ; Mc 1,15 )   

   Le jour de la Pentecôte, après la première prédication de Pierre, faite devant une foule immense, le texte nous dit que le cœur des gens fut touché. Ils lui demandèrent : « Que devons-nous faire ? » Que leur répondit Pierre ? « Repentez-vous… ( Act 2,38). 

   Quelques jours plus tard, après avoir guéri un boiteux de naissance, Pierre adresse la même exhortation à la foule ébahie devant un tel miracle : « Repentez-vous ».

   Une telle insistance de la part de Jean-Baptiste, de Jésus et de Pierre, mérite qu’on prenne du temps pour comprendre vraiment ce que veut dire le mot « repentance ».


 Pour comprendre vraiment ce que veut dire « repentance », il est important regarder quel mot est employé dans le texte original. En grec, il s’agit du mot métanoïa.

   Ce mot est composé d’un préfixe, « méta », qui évoque l’idée d’un changement, comme dans méta-morphose (changement de forme) et de « noïa » qui est dérivé du mot « nous ». En grec, le « nous », désigne la mentalité, le siège de la réflexion morale, de la volonté, du sentiment et de la pensée. (Alfred Kuen)

   La « méta-noïa » est donc la "transformation radicale » de l’attitude intérieure de l’homme et de son esprit.

   Pour insister sur le côté « transformation radicale », je prends un exemple concret : Pourrait-on parler de méta-morphose (changement de forme), si, au lieu de devenir un papillon, une chenille changeait simplement de couleur ? Non ! Évidemment.

   Sur le plan moral ou spirituel, c’est la même chose : Peut-on dire qu’un homme ou une femme adultères, voleurs, tricheurs, menteurs… sont passés par la méta-noïa, du simple fait qu’ils disent croire en Dieu, qu’ils viennent aux cultes tous les dimanches, et fassent même partie du conseil presbytéral ? Non, bien sûr.

    En effet, porter un masque de conjoint fidèle, un masque d’honnêteté, un masque de franchise, un masque de religiosité, ce n’est pas ce qu’on peut appeler une transformation radicale de l’attitude intérieure d’un homme, une transformation radicale de  son esprit. C’est simplement un vernis chrétien, une apparence chrétienne hypocrite, mais certainement pas une méta-noïa. 

    Sans parler de ces cas extrêmes, qu’on appelle « pécheurs scandaleux », qui sont minoritaires dans l’église, comment peut-on expliquer que tant d’hommes et de femmes qui sont des « pécheurs honnêtes", comme vous et moi, ne comprennent pas ce que veut dire « se repentir », et ce que cela implique ?

   Pour beaucoup, l’exhortation « repentez-vous » est comprise comme quelque chose de moralisant, d’accusateur, comme une parole qui les juge et condamne la façon dont ils vivent. En effet, ils ne se sentent pas coupables, car ils n’ont tué personne, ils n’ont volé personne, ils n’ont pas trompé leur conjoint, ils mentent rarement, ils ont aimé leurs enfants… bref, ils sont comme tout le monde et même mieux que beaucoup ! Et quand on ne se sent pas coupable, on ne voit pas pourquoi on se repentirait !

   La prédication de Jean-Baptiste, au chapitre 3 de Luc, n’atténue pas cette impression d’être jugé. Luc écrit, au v. 3 : Jean-Baptiste « alla dans toute la région du Jourdain ; il prêchait le baptême de repentance  pour le pardon des péchés ». Et au v. 7, Luc écrit : « Il disait donc à ceux qui venaient en foule pour être baptisés par lui : « Race de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir ?  Produisez donc des fruits dignes de la repentance…». 

   Quand on ne se sent pas coupable, c’est effectivement assez violent !

   Comment les hommes réagissent-ils lorsque, à tort ou à raison, ils se sentent accusés ?

   Certains se braquent, s’endurcissent et ne bougent pas d’un pouce. D’autres, par peur du jugement, décident de « s’améliorer », de mettre leur vie en règle avec Dieu.

   Ces deux réactions sont aussi stériles l’une que l’autre. J’emploie le mot « stérile » dans le sens qu’elles ne produisent pas le fruit, le changement radical que le mot méta-noïa signifie.

   En effet, malgré toute sa volonté, l’homme ne peut rien faire lui-même pour changer radicalement le « nous », c’est à dire son être profond. Par sa volonté, l’homme peut seulement changer l’extérieur, son comportement apparent. C’est déjà pas si mal, mais ce n’est pas la méta-noïa.

   En effet, le changement profond, la méta-noïa, c’est l’œuvre de Dieu, l’œuvre de l’Esprit  en nous.

   Malheureusement, des pratiques religieuses contestables ont donné l’impression que la repentance était une œuvre de l’homme, avec les conséquences désastreuses que cela a souvent entraînées. Je pense à ces confessions, qui parce qu’elles étaient obligées, sortaient de la bouche, mais n’étaient pas souvent sincères. Pour de nombreux enfants et adolescents, ces confessions-bidon ont relégué la repentance au rang de pure hypocrisie. Si, en devenant adulte, ils n’ont pas cherché à comprendre plus en profondeur le sens des textes bibliques, ils en sont restés à leur première impression désastreuse, et ne veulent plus entendre parler ni de Dieu ni de Jésus.

   Si, comme je l’affirme, la méta-noïa et l’œuvre de l’Esprit en nous, comment se fait-il que Jean-Baptiste, Jésus et Paul parlent à l’impératif : Repentez-vous ?

   Le mode impératif, c’est comme un ordre qui est donné à quelqu’un ; il implique donc la participation de celui à qui l’ordre est donné.

   Effectivement, dans une démarche de repentance, la participation de l’homme, même si elle est minime, est nécessaire. Pourquoi ? Parce que par amour pour nous, Dieu ne fait jamais rien sans notre consentement. Dieu ne nous imposera jamais la repentance.

   Mais en quoi consiste cette participation ? Elle consiste simplement à ne pas se boucher les oreilles lorsque Dieu nous parle, mais à écouter ce qu’il a à nous dire sur la vie que nous menons. Dieu parle à chaque homme, sans en oublier un seul, car il veut tous les sauver. 

     À l’instant même où nous laissons Dieu nous parler, c’est Lui qui va ouvrir nos yeux sur l’inanité de notre vie. C’est l’Esprit Saint qui va dévoiler que ce que nous prenions pour de simples faiblesses humaines, communes à tous les êtres, c’est en réalité le péché qui nous coupe d’une vraie relation avec Dieu. Il va nous révéler notre état de pécheur.

   Mais il va aussi faire comprendre à chaque homme que sans une vraie relation avec Dieu, la vie biologique, la vie psychique, la vie affective, la vie sociale communes à tous les êtres humains, n’est pas la totalité de la vie. Même lorsque ces 4 aspects de la vie sont très riches, il manque encore  à l’homme l’essentiel : la présence de Dieu.

   Dès qu’on a décidé d’écouter cette voix intérieure, c’est alors que se produit le miracle : la repentance n’est plus perçue comme un ordre auquel on se force à obéir, ou comme une œuvre pour obtenir le salut. Elle devient un désir impérieux, brûlant, de confesser à Dieu tout ce qui pourrait faire obstacle à une communion profonde avec Lui. C’est la révélation de l’amour du Seigneur pour nous qui nous pousse à la repentance. Par l’action secrète, mais bien réelle du Saint-Esprit, l’homme reçoit la conviction d’être un pécheur, même s’il n’est pas un « pécheur scandaleux ». Car, aux yeux de Dieu, « scandaleux » ou « honnête », un pêcheur reste un pêcheur. 

   Une repentance authentique se passe presque toujours dans les larmes. Des larmes de tristesse, au début ; tristesse d’avoir offensé Dieu par nos péchés, de l’avoir laissé à la marge de notre vie, de l’avoir considéré comme un distributeur automatique de bénédictions, de l’avoir instrumentalisé pour en tirer des bénéfices, d’avoir vécu comme s’il était à notre service.

   Des larmes de joie, ensuite, lorsque nous expérimentons concrètement que le Seigneur nous libère immédiatement de toute forme de culpabilité. Une repentance authentique, c’est comme une renaissance. C’est comme si le Seigneur nous débarrassait de vêtements sales, tachés de toute part et malodorants, pour nous revêtir d’un habit pur et resplendissant. C’est comme revenir dans la maison du Père, après des années d’errances, d’erreurs, et de révoltes contre Celui qui n’a jamais cessé de nous aimer, et qui attend notre retour. (Pensons au fils prodigue, Lc 15).

   Dans une repentance authentique, notre être profond est totalement transformé ; et c’est Dieu qui opère cette transformation. La repentance est le tout début d’une vie nouvelle où le « MOI » qui jusqu’à présent était au centre, a cédé la place à Dieu. C’est aussi la porte d’entrée de la nouvelle naissance, dont Jésus a dit, en parlant à Nicodème : « En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu » (Jn 3,3).

   Il ne peut pas y avoir de repentance authentique sans une rencontre avec Dieu. En effet, « prendre conscience de ses fautes ou de leurs conséquences, se rendre compte que l’on est pécheur, n’est pas synonyme de repentir. Regretter ses péchés, avoir des remords, prendre la résolution de changer, ce ne sont que des éléments humains de la repentance. À eux seuls, ils ne constituent pas encore la vraie repentance, car ils peuvent très bien exister en dehors de toute rencontre avec Dieu. Nous commençons à nous repentir vraiment lorsque nous sommes placés en face du Dieu saint et tout-puissant. En prenant conscience que nos relations avec Lui sont faussés parce que nous l’avons offensé, nous sommes saisis de la vraie conviction de péché". (Alfred Kuen).

   Je redis ce que j’ai déjà affirmé : Il ne peut pas y avoir de repentance authentique sans une rencontre avec Dieu. Et il ne peut pas y avoir nouvelle naissance sans repentance authentique.

   Ce n’est donc pas un hasard si les premières paroles de Jean-Baptiste et Jésus,  rapportées par les évangiles sont une exhortation à se repentir.  

   La méta-noïa est un des plus grands cadeaux que Dieu puisse nous faire. C’est un moment bouleversant où le Seigneur ôte le voile que nous avions devant les yeux, un voile qui masquait la gravité de nos actes au regard de Dieu.

   Ces actes que nous trouvions jusqu’à présent compatibles avec une vie chrétienne nous apparaissent maintenant comme de graves offenses faites à Dieu.

   De plus, en même temps que nos yeux s’ouvrent sur la gravité et l’étendue de nos fautes, nous prenons conscience que le Seigneur n’est pas en train de vous accuser, mais au contraire de nous libérer du poids immense des péchés que l’Esprit-Saint a mis en lumière.

   Et nous réalisons que c’est parce qu’il nous aime, que le Seigneur nous a fait passer par cette repentance.

   Cela peut durer de longues minutes, au terme desquelles les larmes amères de la découverte de notre péché, et de l’offense que nous avons faite à Dieu, se transforment en larmes de joie pour le pardon que le Seigneur vient de nous accorder.

   Une vie chrétienne authentique passe toujours par la méta-noïa.

   Il n’y a pas un âge précis pour passer par la méta-noïa.  L’essentiel, c’est d’écouter la voix du Seigneur qui, avec beaucoup de patience et de douceur, nous pousse à nous repentir.

 

11:28 Publié dans Prédications | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : repentance

Commentaires

Un message bien incisif, un peu accusateur même ! Mais dommage,oh combien dommage que tout enseignement chrétien ne commence pas par ce genre de message ! Cela nous éviterai bien des déceptions !
Prêchons la repentance, expliquons la, n'ayons pas peur d'en parler dans nos églises, ce n'est pas quelque chose d'utile mais quelque chose de nécessaire, d’indispensable !
Merci Alain.

Écrit par : Georges C. | 18 décembre 2019

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